Contribution/ "L’exploitation des enfants africains ne cesse de croître"

Par Florence Alami*

Florence

Publié fin juin, un rapport préoccupant du Département d’État américain portant sur le trafic d’êtres humains pointe du doigt 13 pays africains. La situation s’aggrave pour des milliers d’hommes et de femmes, mais aussi pour de très nombreux enfants. Pourtant, des solutions existent et plusieurs ONG comme la Fondation « Children of Africa » rappellent que la meilleure arme contre ce fléau reste l’accès à l’école. 

Plus de 150 millions d’enfants de moins de 15 ans travaillent dans le monde. Dans son rapport sur le trafic d’êtres humains, le Département d’État américain épingle notamment 13 pays africains, dont le Congo Brazzaville, le Mali et la Guinée qui font leur retour dans ce triste classement dix ans après leur dernière apparition. La situation est alarmante, car en plus d’être « enchaînés » à leurs tâches, ces enfants travaillent dans des conditions inhumaines. 

 

Travaux agricoles et miniers ou filles de ménage 

Selon cette étude commandée par l’administration américaine, l’exploitation des enfants concerne essentiellement l’agriculture. Dans un secteur primaire souvent pauvre technologiquement (faible mécanisation, peu d’engrais), les plus jeunes sont une main-d’œuvre peu chère et corvéable. Seuls ou avec leurs parents, ils travaillent près de 10 h par jour dans les fermes familiales ou pour de grands propriétaires fonciers. Pire encore, dans certaines régions, un nombre croissant de mineurs vient grossir les rangs des orpailleurs d’or. Il n’est en effet pas rare de voir des colonies d’enfants travailler comme des forçats au milieu d’adultes déjà éreintés par des conditions qui dépassent l’entendement. 

Parmi les différentes formes d’exploitation des jeunes filles, celles-ci sont souvent en ville pour servir de domestiques. Un esclavage qui ne veut pas dire son nom, car si elles sont généralement payées, elles le sont à des taux horaires inférieurs au droit et sont régulièrement maltraitées. Violences physiques et psychologiques ponctuent le quotidien de nombreux enfants qui n’ont pas eu l’opportunité de vivre une vie normale où la famille et l’école occupent une place primordiale et structurante. 

L’école comme prévention au travail des enfants 

Toutes les études internationales le montrent, l’école constitue le premier et le plus efficace des remparts contre le travail des enfants. L’Unicef fait régulièrement ce rappel utile et a pu se réjouir de la baisse du nombre de mineurs pas du tout scolarisés (de 115 millions en 2005 à 93 millions en 2015). Mais le récent rapport du Département d’État et l’arrivée dans le classement de trois nouveaux pays africains illustrent la trajectoire non linéaire du combat contre le trafic d’être humain et le travail des enfants. 

La gratuité de l’école et un accès facilité géographiquement sont des conditions indispensables pour améliorer le taux de scolarisation et permettre de proposer une alternative à ces familles. Nombre de pays ont lancé d’intéressantes initiatives, mais la loi peine souvent à être appliquée. Pouvoirs publics et ONG ont encore fort à faire surtout dans des pays comme le Sénégal où beaucoup d’enfants sont laissés par leurs parents à des marabouts peu scrupuleux qui les utilisent comme main-d’œuvre au lieu d’assurer leur instruction. Pour éviter ce type de mésaventure aux conséquences dramatiques, la Côte d’Ivoire a rendu la scolarisation obligatoire dès l’âge de 6 ans depuis la rentrée de 2015-2016. 

Des initiatives privées viennent compléter la législation en rigueur, comme la fondation « Children of Africa » présidée par la première dame ivoirienne Dominique Ouattara, qui distribue chaque année des milliers de kits scolaires (cahiers, crayons…) pour faciliter l’insertion et l’épanouissement à l’école des enfants. Simultanément, des « Bibliobus » parcourent inlassablement les routes de la Côte d’Ivoire. Chacun d’eux dispose de plusieurs milliers d’ouvrages pour les jeunes lecteurs des provinces reculées. L’accès à l’école est la première des garanties pour assurer un développement social et économique de qualité. Un fait bien connu, mais qui échappe malheureusement trop souvent à la sagacité de certains gouvernements.

* Florence Alami est Doctorante à l'Université Paris 8 dans la formation "Droit et actions humanitaires". Elle travaille essentiellement sur les moyens mis en œuvre par les ONG pour développer l'accès à l'éducation 

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