Interview-Mohamed El Kettani (PDG Attijariwafa Bank): "Nous sommes dans une véritable dynamique d’échanges et de co-investissement avec nos frères ivoiriens"

Lors de la visite du Roi du Maroc en Côte d'Ivoire, du 30 mai au 5 juin, le Groupe Attijariwafa bank a signé 11 accords sur les 46 qui ont été au total ratifiés par des hommes d’affaires marocains en présence du président ivoirien, Alassane Ouattara et de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Dans une interview accordée à l’AIP, le Président Directeur Général de ce groupe, Mohamed El Kettani relève les ambitions du Maroc dans la coopération sud-sud, notamment avec l’Afrique subsaharienne, affirmant, entre autres "nous sommes dans une véritable dynamique d’échanges et de Co-investissement avec nos frères ivoiriens".

 

AIP: M. le PDG, le Maroc a des liens séculaires avec nombre de pays au sud du Sahara. Cela fonde-t-il l’action majeure diplomatique, qu’engage le royaume chérifien dans ces pays ?

Mohamed El Kettani : C’est davantage une ouverture qu’une offensive. Elle puise son rationnel dans l’enracinement historique et incontesté du Royaume du Maroc dans le continent africain. Nos liens historiques avec l’Afrique subsaharienne sont multiples tant sur le plan culturel que commercial.

Cette ouverture puise aussi sa justification dans la nouvelle dynamique de la coopération Sud-Sud impulsée par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, et formidablement accueille par ses pairs africains. Aujourd’hui, il s’agit de joindre l’acte aux simples manifestations d’intérêt ou émissions de vœux.

Nos populations sont extrêmement attentives et sensibles à toutes les initiatives qui contribuent à améliorer leur quotidien. Cette amélioration passant certes, par la politique économique adoptée par chacun de nos pays, mais elle passe aussi par les différents partenariats interafricains qui peuvent être noués.

Le Royaume du Maroc souhaite tout naturellement partager avec ses pays frères d’Afrique subsaharienne certains modèles de réussite socio-économique ainsi que l’expérience et expertise qu’il a acquises à travers son partenariat stratégique avec l’Europe.

La déclinaison de ces modèles passant nécessairement par l’implication effective de nos opérateurs économiques publics ou privés. Ceci explique l’ouverture de ces derniers sur plusieurs pays de continent. C’est une présence qui vise à agir de manière harmonieuse tant avec les attentes de ces mêmes pays qu’avec le rationnel économique qui préside à tout investissement.

La présence des investisseurs marocains est remarquable dans des domaines porteurs et structurants pour les différents pays d’accueil. Elle est d’autant plus facilitée que l’environnement des affaires est en amélioration continue depuis plus de 10 ans.

 

Dans un monde en perpétuelle mutation où les grands ensembles régionaux mutualisent leurs expériences et expertise, que peut apporter la coopération sud-sud aux Etats africains dont les économies sont en plein essor depuis quelques années ?

Elle s’inscrit depuis quelques années dans une dynamique qui se démarque de manière progressive et davantage constructive des schémas classiques de partenariat qui cantonnaient les pays du sud et plus particulièrement notre continent dans le statut de simples exportateurs de matières premières à l’état brut.

Nous assistons à une formidable et dynamique prise de conscience de la part tant des acteurs politiques qu’économiques que notre cher continent a aujourd’hui entre ses mains les clés de son essor socio-économique et technologique de demain.

Le Royaume du Maroc, sous l’impulsion du Souverain Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, en est totalement convaincu et œuvre continuellement dans ce sens. Les atouts naturels de nos différents pays ainsi que le formidable potentiel de ses ressources humaines nous y autorisent chaque jour davantage.

L’enjeu est de taille, surtout dans un monde en perpétuel mouvement et de plus en plus globalisé. Il est temps qu’on prenne en mains notre avenir et qu’on occupe la place qui nous revient pour permettre à nos populations et à notre jeunesse d’orienter ses aspirations et son regard de manière sereine et optimiste vers l’horizon africain et tirer ainsi de manière naturelle et légitime le meilleur parti des atouts et potentialités de notre continent.

La coopération Sud-Sud est devenue une nécessité pour notre continent. Sa construction est en marche. Elle suppose en plus de la volonté politique de réels élans de générosité mettant chacun de nos pays au service de l’Afrique. L’objectif étant de créer une véritable solidarité en matière de développement durable, humain et socio-économique.

Le chemin n’est pas aisé mais en tout cas les voies sont tracées. Nous sommes conscients de nos insuffisances, de nos défis et des attentes de nos populations. Nous sommes aussi conscients de nos complémentarités et de qui doit contribuer à nous unir davantage dans le seul intérêt des générations futures de notre continent.

Il s’agit de capitaliser sur nos expériences et expertises respectives pour rattraper nos retards en infrastructures de base et réduire nos vulnérabilités sur les plans l’alphabétisation, de l’éducation et de la formation. Chacun de nos pays compte des réussites en la matière ; il s’agit d’en faire profiter les autres quel qu’en soit le domaine.

Nos potentialités individuelles nous permettent aujourd’hui d’agir de manière collective et solidaire. Nous en sommes persuadés et confortés en cela par la naissance de plus en plus de champions africains régionaux voire continentaux qui étaient il y a quelques années de simples champions nationaux.

 

Le Roi accompagné d’une forte délégation, en est à sa 3è visite en Côte d’Ivoire. Qu’est ce qui explique, selon vous, ce fort intérêt ?

Les relations entre la République de Côte d’Ivoire et le Royaume du Maroc sont des relations anciennes, fortes et fraternelles.

La dimension économique contribuant désormais à les renforcer et la présence de la délégation économique aux côtés de Sa Majesté Le Roi, que Dieu l’Assiste, leur donne un contenu concret et mesurable.

Nous sommes dans une véritable dynamique d’échanges et de Co-investissement avec nos frères ivoiriens. Cette visite Royale vient aussi à consolider cet édifice dans le prolongement naturel des différents accords de coopération et déjà conclus lors des visites et rencontres respectives de nos Chefs d’Etats.

D’ailleurs, ces accords font l’objet d’un mécanisme de suivi très rapproché de la part des Hautes Autorités de nos deux pays.

Forts d’un bilan satisfaisant et surtout encourageant, il est tout à fait normal voire indiqué que les opérateurs économiques marocains publics et privés s’engagent davantage pour consolider le niveau satisfaisant des relations économiques de nos deux pays en vue de renforcer des relations de proximité entre les filières porteuses de complémentarité.

Les opérateurs économiques ivoiriens et marocains sont parfaitement conscients du rôle de hub régional que peut chacun de nos deux pays en raison de nos positionnements géographiques et potentiels économiques.

Le but est d’inscrire nos deux économies dans un esprit effectif de complémentarité et de compétitivité partagée en y associant non seulement les grands groupes ou grandes entreprises mais aussi et de plus en plus la multitude de nos PME constitutives de tout un écosystème qui favorise la création de valeur et d’emploi et qui gravite autour de ces grands acteurs.

Cet engouement qui s’opère de part et d’autre et qui contribue à drainer nos entreprises vers chacun de nos deux pays est tout à fait naturel quand on le place dans un contexte porteur et dont l’illustration réside en l’organisation de deux grands forums économiques en moins de deux ans l’un à Abidjan en Février 2014 et l’autre à Marrakech en Janvier 2015.

 

Quels sont les besoins et les défis auxquels la coopération sud-sud devrait permettre de s’attaquer dans la perspective d’une croissance forte partagée ?

De l’aveu de tous les analystes et opérateurs financiers et économiques, l’Afrique est et demeurera longtemps un marché attractif pour l’investissement.

Les atouts et le potentiel n’ont plus besoin d’être rappelés au bon pragmatisme des opérateurs économiques.

Les besoins à combler et les défis à relever sont extrêmement importants et variés touchant à la fois les infrastructures de base, la formation, l’éducation, la satisfaction des besoins tant élémentaires que ceux d’une véritable classe moyenne en voie d’émergence.

Je pense que plutôt les investisseurs africains et autres élargiront leurs horizons d’investissement au continent africain, très vite ils s’imprégneront des réalités spécifiques et locales et réussiront leur ancrage dans ce riche environnement socio-économique africain.

En tout cas c’est notre devise. Nous épousons le contexte de chacun de nos pays d’accueil pour mieux servir ses attentes.

A mon avis, dans cette nouvelle dynamique de coopération Sud-Sud, aucun des secteurs n’est à écarter tant les besoins et la dynamique démographique sont importants.

Juste pour vous rappeler que lors de la troisième édition du Forum International Afrique Développement organisé par notre Groupe au mois de Février dernier, nous avons retenu comme thème central celui de l’investissement en indiquant qu’il est temps d’investir en Afrique, ce qui a recueilli l’adhésion tant des intervenants que des 1.700 participants venus de 23 pays de notre continent.

L’institutionnalisation de ce Forum vient aussi conforter notre démarche d’accompagnement qui ne doit plus, à mon avis, être à sens unique ou à caractère ponctuel prenant ainsi fin dès le dénouement d’une transaction donnée. Au contraire, notre démarche est de plus en plus à double voire multi-sens. Il s’agit pour nous, ambition d’intégration régionale oblige, d’encourager les investisseurs de l’ensemble de nos pays d’implantation, et au-delà, chaque fois que l’opportunité se présente, dans leurs initiatives d’investissement productif et de partenariat Sud-Sud.

 

Parlant de l’amélioration du climat des affaires, peut-on aujourd’hui affirmer qu’elle contribue en grande partie à renforcer la coopération Sud-Sud, dont le Maroc se fait le porte-étendard en Afrique ?

Il est clair que la création d’une véritable dynamique économique et l’encouragement de l’investissement productif sont intimement liés au cadre réglementaire de l’environnement des affaires.

La volonté politique des Autorités ivoiriennes d’asseoir une stratégie visant à hisser la Côte d’Ivoire vers l’émergence en 2020, a conduit vers la mise en place de réformes substantielles en matière d’assainissement du cadre macroéconomique et des finances publiques, au renforcement de la gouvernance et aussi et surtout en matière d’amélioration de l’environnement des affaires.

Notre position d’acteur financier majeur tant en Côte d’Ivoire qu’aux côtés d’investisseurs marocains nous permet de relever avec satisfaction la perception de plus en plus positive de cet environnement.

Nous avons noté plusieurs indicateurs qui vont dans ce sens, tels qu’à titre indicatif, la réduction des barrières à la création des entreprises, les conditions d’octroi des permis de construire, la protection des investissements étrangers, le renforcement de la transparence de la gestion des marchés publics, etc.

Il s’agit de facteurs encourageants, sachant que l’amélioration du climat des affaires est une action continue et constamment évolutive qui passe par une concertation régulière entre le secteur public et le secteur privé et une évaluation périodique de l’impact des réformes.

 

M. le PDG, l’Etat de Côte d’Ivoire vient de céder 24% de ses parts dans l’actionnariat de la Société Ivoirienne de Banque au groupe Attijariwafa bank devenant ainsi l’actionnaire majoritaire avec 75%. Pourriez- vous nous parler des différentes négociations et votre stratégie pour la SIB ?

Nous sommes satisfaits de la qualité de nos relations avec les Autorités ivoiriennes auprès desquelles nous-mêmes ainsi que nos équipes ont toujours trouvé une compréhension et un soutien satisfaisant.

Toute transaction obéit à des motivations qui sont parfaitement adressées par chacune des parties.

Nous avons conclu cette transaction qui témoigne de notre confiance quant à la qualité de notre investissement en Côte d’Ivoire et nous veillerons à jouer de manière engagée et professionnelle notre rôle d’institution financière et bancaire ivoirienne au service de l’économie ivoirienne.

La physionomie du capital social de notre filiale ivoirienne renforcera davantage notre engagement auprès de tous les agents et composantes socio-économiques de Côte d’Ivoire ainsi que de tout opérateur souhaitant investir dans ce pays frère.

AIP

Auteur:
Armand Tanoh

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