Exclusif/Dialogue Maroc-Algérie, entrée du Maroc à la CEDEAO, dossier Sahraoui : Les éclairages de l’ambassadeur Abdelmalek Kettani (Interview)

Le Roi du Maroc Mohammed VI a proposé le mardi 6 novembre la mise en place d’un mécanisme de dialogue avec l’Algérie, pour mettre à plats plusieurs décennies de différends entre les deux Etats voisins. Un appel qui pourrait, à en croire plusieurs observateurs, sonner une nouvelle ère géopolitique dans le Maghreb. Pour mieux décrypter cette actualité, l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, Abdelmalek Kettani, a bien voulu se livrer en exclusivité à La Diplomatique d’Abidjan (LDA, www.ladiplomatiquedabidjan.com). Entretien.

LDA : Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a prononcé mardi 6 novembre un discours à l’occasion du quarante-troisième anniversaire de la Marche Verte, que plusieurs commentateurs qualifient d’historique. Quelle lecture peut-on en faire?

Abdelmalek Kettani : En effet, ce discours de Sa Majesté Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, peut être légitimement qualifié de moment historique car il pourrait représenter un point d’inflexion positive de la relation entre le Royaume du Maroc et la République Démocratique d’Algérie.

Effectivement, lors de cette importante allocution le Souverain a appelé de ses vœux les plus sincères à la création d’un mécanisme politique conjoint, dont la finalité serait d’aplanir tous les différents entre les deux pays pour ainsi ouvrir la voie à une coopération riche et multiformes, pour le plus grand bénéfice de nos pays et de nos peuples respectifs.

LDA : Pourquoi cette proposition et pourquoi en cette conjoncture particulière ?

Sa Majesté le Roi, Que Dieu L’assiste, a émis la proposition de ce mécanisme car le Maroc est animé d’une réelle et sincère volonté de répondre à une triple interpellation qui déterminera grandement l’avenir de notre région:

D’abord, le Maroc et l’Algérie ont un passé commun qui interpelle, notamment une lutte commune contre un même colonisateur, et des relations solides développées pendant cette période, bâties sur une conscience forte quant à la nécessité d’une action politique maghrébine commune.

Le Maroc et l’Algérie ont ensuite un présent préoccupant, marqué par la division et la discorde qui sévit actuellement au sein de l’espace maghrébin, en opposition flagrante avec ce qui unit les deux peuples frères. Dans la conjoncture actuelle, marquée par des défis de plus en plus importants, le Maroc est conscient de l’impérieuse nécessité de dépasser nos différents dans un dialogue empreint de sagesse et de sérénité pour construire un Maghreb fort et uni pour le plus grand bénéfice de nos jeunesses respectives.

Enfin, le Maroc et l’Algérie ont un avenir commun qui interpelle les responsables des deux pays sur l’héritage à léguer aux générations futures et qui leur impose d’être à l’écoute des peuples de la région et des jeunes dans leurs aspirations et ambitions légitimes.

LDA : Comment est alors envisagé ce mécanisme et que vise-t-il à réaliser concrètement ?

Véritable outil opérationnel d’une relation apaisée et renouvelée dans les meilleures conditions entre nos deux pays, ce mécanisme politique de dialogue et de concertation, vise à remplir trois mandats clairs.           Il constituerait un cadre de dialogue franc et direct, sans tabous, afin d’aplanir tous les différends et résoudre toutes les problématiques conjoncturelles qui entravent le développement des relations bilatérales ; aussi s’engagerait-il à être un cadre de coopération bilatérale pour examiner toutes les questions communes, avec franchise, objectivité, sincérité, et bonne foi, sans conditions, ni exceptions, selon un agenda ouvert ; puis il constituerait un cadre de concertation concernant les problématiques régionales et globales, telles que la lutte contre le terrorisme, la migration clandestine, la lutte contre le trafic de drogue, etc…

Pourtant le dossier du Sahara Marocain continue de constituer la principale pomme de discorde entre Alger et Rabat. Les positions tranchées de part et d'autre ne risquent-t-elles pas de resurgir et plomber ce dialogue?

La question du Sahara Marocain est une question qui a effectivement hypothéqué les relations entre le Maroc et l’Algérie depuis des décennies et nous le regrettons. Nous espérons vivement que ce conflit artificiel verra un début de résolution avec les pourparlers qui vont avoir lieu à Genève sous l’égide des Nations Unies, le 05-06 décembre prochains, conformément à la résolution 2440 votée le 30 Octobre 2018, qui pour la première fois reconnait explicitement que l’Algérie est partie prenante de ce conflit.

La raison et la sagesse doivent prévaloir dans notre région. Les défis qui sont aux portes de tous les pays sont de plus en plus pressants, et il s’agit d’apporter des solutions concrètes et ouvrir un nouvel horizon prometteur pour nos jeunesses respectives.

LDA : Est-ce que cette nouvelle donne géopolitique pourrait induire une relance de l'Union du Maghreb Arabe?

Comme chacun sait, l’Union du Maghreb Arabe (UMA) est une entité qui a été créé en 1989 à Marrakech, dans le dessein de renforcer l’union politique entre les pays, et de créer un espace économique conjoint, à même de favoriser l’émergence politique, économique, et sociale de la région.

Ainsi, avec la main tendue à l’Algérie par Sa Majesté le Roi, lors de Son discours du 06 Novembre, le Maroc reste cohérent dans son approche visant à la construction, à la consolidation et à l’émergence du Maghreb. Si comme nous l’espérons l’Algérie répond favorablement à cette main tendue, il y aura probablement, et ce sera tant mieux, une relance effective de l’UMA à terme.

Dans ce cas, cela ne va-t-il pas refroidir la volonté du Maroc d'intégrer la CEDEAO?

Absolument pas ! Nous sommes, restons, et resterons engagés avec nos pays frères et amis afin de contribuer tous ensemble à l’émergence de notre continent. L’orientation stratégique du Royaume du Maroc concernant son adhésion définitive à la CEDEAO, est une orientation naturelle, historique, et irréversible du Royaume.

En effet, une UMA opérationnelle et forte, couplée à une CEDEAO performante et en émergence, est une vision stratégique qui se matérialisera à l’avenir, si tous les acteurs appréhendent pleinement les enjeux économiques et sociaux, et s’y engagent de bonne foi, et avec la volonté politique nécessaire.

LDA : Quelques mots pour conclure ?

Bien entendu, il convient de souligner cette structure proposée reste un cadre flexible, dont le niveau de représentation ainsi que le format et la nature, seront définies ultérieurement, d’un commun accord, lorsque Alger aura donné son aval à cette proposition et l’aura éventuellement enrichie par de nouvelles idées et initiatives.

Enfin, Le Maroc reste, bien évidemment, ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie, pour asseoir les relations entre les deux pays sur de solides bases de confiance, de solidarité et de bon voisinage.

Interview réalisée par Armand Tanoh

Auteur:
LDA Journaliste

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